{"id":11333,"date":"2026-06-12T05:01:59","date_gmt":"2026-06-12T03:01:59","guid":{"rendered":"https:\/\/editionsjou.net\/?p=11333"},"modified":"2026-06-12T05:01:59","modified_gmt":"2026-06-12T03:01:59","slug":"293-le-syndrome-du-reverbere-par-deyi-studio","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuetina.editionsjou.net\/?p=11333","title":{"rendered":"#293\/ Le syndrome du r\u00e9verb\u00e8re, par DeYi Studio,"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-white-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-0877488c044526d64b91fd3224663599 wp-block-paragraph\" style=\"background-color:#a86c42\"><strong>Pour vous donnez envie de lire l&rsquo;incroyable n\u00b01 de la revue TINA papier, <\/strong><br><strong>TINA online publie aujourd&rsquo;hui cet article paru dans <a href=\"https:\/\/revuetina.editionsjou.net\/wp\/produit\/tina\/\">(IN)VISIBILIT\u00c9(S)<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-cadbb87f0b6faa15c2a9069ec4c7397d wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.682), 20px);\">On conna\u00eet la blague. Quelqu\u2019un cherche ses cl\u00e9s sous un r\u00e9verb\u00e8re. Un passant vient l\u2019aider un moment puis lui demande s\u2019il est certain de les avoir perdues l\u00e0. Non, mais ici c\u2019est bien \u00e9clair\u00e9 ! \u2026 Ainsi cherchent de nombreux artistes, intimement persuad\u00e9s que l\u2019art ne peut appara\u00eetre que sous les spots de l\u2019actualit\u00e9. Ceux-l\u00e0 \u00e9prouvent une tr\u00e8s grande difficult\u00e9 \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019art hors de l\u2019exposition. Nous dirons qu\u2019ils sont victimes du syndrome du r\u00e9verb\u00e8re. Le syndrome du r\u00e9verb\u00e8re est caract\u00e9ris\u00e9 par un ensemble de sympt\u00f4mes qu\u2019un artiste est susceptible de pr\u00e9senter simultan\u00e9ment : m\u00e9pris affich\u00e9 pour ce qui n\u2019est pas expos\u00e9, fr\u00e9quentation compulsive des vernissages, addiction aux r\u00e9seaux sociaux, d\u00e9pendance aux likes de son compte Instagram, <em>name dropping<\/em> et <em>name screening<\/em> r\u00e9currents, opportunisme d\u00e9brid\u00e9 et carri\u00e9risme forcen\u00e9.<br><br>L\u2019artiste atteint du syndrome du r\u00e9verb\u00e8re, \u00e9galement appel\u00e9 \u00ab ph\u00e9nom\u00e8ne du lampadaire \u00bb ou \u00ab exp\u00e9rience du cand\u00e9labre \u00bb, exprime une forme de doute maladif qui consiste essentiellement \u00e0 nier le statut artistique de tout ce qui n\u2019est pas expos\u00e9, et \u00e0 consid\u00e9rer comme d\u00e9terminante la question du statut. On estime qu\u2019au sortir des \u00e9coles d\u2019art 90 % des artistes sont touch\u00e9s par ce syndrome \u00e0 des degr\u00e9s divers. Ce pourcentage diminue progressivement par la suite car, en s\u2019aggravant, le syndrome est fatal : les artistes qui ne parviennent pas \u00e0 exposer ont le sentiment de ne pas exister eux- m\u00eames en tant qu\u2019artistes et finissent par renoncer \u00e0 tout travail artistique. Au contraire ceux qui exposent r\u00e9guli\u00e8rement incorporent si bien le syndrome qu\u2019ils en deviennent asymptomatiques. Une fois nomm\u00e9s enseignants, ils contaminent in\u00e9vitablement les \u00e9tudiants. Le climat actuel de professionnalisation de l\u2019enseignement artistique favorise d\u2019ailleurs grandement la contagion.<br><br>L\u2019artiste victime du syndrome du r\u00e9verb\u00e8re est envahi d\u2019un sentiment de transparence, d\u2019une perplexit\u00e9 anxieuse, devient irritable et insomniaque. Il est gagn\u00e9 par un \u00e9tat de fatigue chronique, de d\u00e9pression et de frustration apport\u00e9 par sa d\u00e9votion \u00e0 l\u2019art d\u2019exposition, par son addiction \u00e0 la sociabilit\u00e9 hypertrophique du micromilieu de l\u2019art, qui \u00e9chouent \u00e0 produire les r\u00e9compenses attendues et conduisent en fin de compte \u00e0 diminuer l\u2019implication et l\u2019accomplissement du travail artistique.<br><br>L\u2019artiste souffrant du syndrome du r\u00e9verb\u00e8re consid\u00e8re que ce qui n\u2019est pas expos\u00e9 n\u2019existe pas. Il subit une r\u00e9gression au sch\u00e8me de non- persistance de l\u2019objet caract\u00e9risant le cinqui\u00e8me stade de la p\u00e9riode sensorimotrice du d\u00e9veloppement de l\u2019enfant d\u2019apr\u00e8s Jean Piaget. La permanence de l\u2019objet consiste \u00e0 prendre conscience qu\u2019un objet continue \u00e0 exister m\u00eame s\u2019il sort de notre champ de vision. Piaget en a fait l\u2019exp\u00e9rience avec deux caches, en utilisant un doudou, mais nous pouvons refaire la d\u00e9monstration en utilisant une \u0153uvre quelconque expos\u00e9e dans une galerie prestigieuse. On retire l\u2019\u0153uvre de la galerie, avant de la d\u00e9placer dans un bazar de quartier. On observe la r\u00e9action des artistes. Quand l\u2019exp\u00e9rimentateur retire l\u2019\u0153uvre de l\u2019exposition, l\u2019artiste contamin\u00e9 va tout de m\u00eame continuer \u00e0 visiter les expositions (erreur dite \u00ab A non B \u00bb ou erreur du stade 4). Il pers\u00e9v\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 y placer sa propre \u0153uvre alors que le jeu se joue d\u00e9sormais ailleurs. Seul l\u2019artiste immunis\u00e9 est capable de sortir de l\u2019exposition, m\u00eame sans \u00eatre inform\u00e9 du changement de paradigme. La permanence de l\u2019objet r\u00e9duit le sentiment de manque.<br><br>L\u2019artiste affect\u00e9 du syndrome du r\u00e9verb\u00e8re \u00e9prouve une d\u00e9mangeaison particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019endroit de son ego, et c\u2019est souvent douloureux. Seul ce qui fr\u00e9tille sous le projecteur des m\u00e9dias autoris\u00e9s lui semble digne d\u2019int\u00e9r\u00eat, et il tient pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 \u00eatre lui aussi digne d\u2019int\u00e9r\u00eat, sans aucune consid\u00e9ration pour le foisonnement alentour des activit\u00e9s imm\u00e9diates dans lesquelles il pourrait s\u2019estimer heureux.<br><br>L\u2019artiste atteint du syndrome du r\u00e9verb\u00e8re va sous-estimer la reconnaissance de ses pairs dans d\u2019autres domaines. Il peut \u00eatre champion dans <em>Mario Kart<\/em>, virtuose de la scie musicale, expert en ch\u00e2teau de cartes, trader fortun\u00e9, yogi tantrique accompli. Il pourra \u00eatre tenu en tr\u00e8s haute estime par ses amis et sa famille pour ses diverses r\u00e9ussites et multiples talents. Pourtant, ce n\u2019est rien pour lui tant qu\u2019un petit nombre de gens qu\u2019il ne conna\u00eet pas et dont il ignore les attendus ne l\u2019ont pas adoub\u00e9 comme l\u2019un des leurs en tant qu\u2019artiste asserment\u00e9. Dans son travail artistique, il s\u2019accordera facilement \u00e0 piller sans vergogne d\u2019autres champs culturels, mais jamais ne lui viendra \u00e0 l\u2019esprit la possibilit\u00e9 de s\u2019inscrire honn\u00eatement dans un autre champ et d\u2019intervenir ailleurs que dans l\u2019espace d\u2019exposition. C\u2019est sous le r\u00e9verb\u00e8re du petit monde de l\u2019art expos\u00e9 qu\u2019il veut \u00eatre identifi\u00e9, m\u00eame quand il pr\u00e9tend changer le monde.<br><br>L\u2019artiste qui surmonte le syndrome du r\u00e9verb\u00e8re en poursuivant malgr\u00e9 tout son travail dans l\u2019ombre aura tendance par contrecoup \u00e0 \u00eatre affect\u00e9 du syndrome du cong\u00e9lateur, qui pousse \u00e0 consid\u00e9rer que ce qui n\u2019est pas document\u00e9 n\u2019existe pas. La propension \u00e0 tout documenter permet en effet d\u2019att\u00e9nuer sensiblement les effets du syndrome du r\u00e9verb\u00e8re en temporisant l\u2019attente de reconnaissance ainsi projet\u00e9e vers un hypoth\u00e9tique et futur public \u00e9clair\u00e9. Cependant, le syndrome du cong\u00e9lateur conduit souvent l\u2019artiste \u00e0 ne travailler que pour documenter, sans rien montrer. Dans les cas extr\u00eames, l\u2019artiste s\u2019obstine \u00e0 demeurer confidentiel, secret, voire parfaitement invisible, ce qui le rend in\u00e9vitablement suspect vis-\u00e0-vis de son entourage qui aura tendance \u00e0 y voir un comportement maniaque inqui\u00e9tant. Nous ne recommanderons donc pas une focalisation sur l\u2019archive pour traiter le syndrome du r\u00e9verb\u00e8re. Parier sur un site web pour sauvegarder ce qui n\u2019a \u00e9t\u00e9 vu par personne rel\u00e8ve en dernier recours de la strat\u00e9gie d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e du naufrag\u00e9 sur une \u00eele d\u00e9serte qui lance une bouteille \u00e0 la mer.<br><br>La meilleure th\u00e9rapie pour l\u2019artiste affect\u00e9 du syndrome du r\u00e9verb\u00e8re nous semble bien plut\u00f4t de rejoindre une communaut\u00e9 interpr\u00e9tative de proximit\u00e9, ou d\u2019en agr\u00e9ger une nouvelle autour de son activit\u00e9. C\u2019est en effet \u00e0 une communaut\u00e9 interpr\u00e9tative que s\u2019adresse l\u2019artiste, et non \u00e0 un public fantasm\u00e9, inexistant en r\u00e9alit\u00e9, ou indiff\u00e9rent si ce n\u2019est hostile. Communaut\u00e9 dite \u00ab interpr\u00e9tative \u00bb car coproduisant par son accueil et son interpr\u00e9tation autant la signification que les conditions m\u00eames de possibilit\u00e9 d\u2019une proposition artistique. Seule la communaut\u00e9 dont l\u2019artiste fait partie est en mesure de le reconna\u00eetre, \u00e0 proportion de sa coop\u00e9ration, de ses contributions comme de l\u2019attention qu\u2019il lui porte. La reconnaissance des pairs est le moteur l\u00e9gitime de toute initiative publique. Il convient de l\u2019assumer comme ont su le faire depuis longtemps les hackers \u00e9thiques. Ce n\u2019est pas le besoin humain de reconnaissance qui est en cause. Le syndrome du r\u00e9verb\u00e8re r\u00e9sulte pour l\u2019essentiel du monopole de la reconnaissance que s\u2019est arrog\u00e9 dans le champ de l\u2019art le syst\u00e8me institutionnel marchand. Achetez-les tous, l\u2019art reconna\u00eetra les siens. Telle est sa devise. Et le syst\u00e8me reconna\u00eet tr\u00e8s bien les siens, ceux qui le servent, et parmi eux encore mieux ceux qui croient le critiquer. Le premier levier de recadrage salutaire pourrait donc \u00eatre de questionner de la d\u00e9sirabilit\u00e9 de cette reconnaissance par l\u2019autorit\u00e9, et de montrer que celle-ci est avant tout une soumission. Est-il r\u00e9ellement souhaitable d\u2019\u00eatre le jouet interchangeable d\u2019une ench\u00e8re sp\u00e9culative entre collectionneurs ? Est-il vraiment enviable de voir son travail servir de planche de surf occasionnelle lors d\u2019un concours argumentaire entre commissaires d\u2019exposition sur les vagues de l\u2019air du temps ? Le second levier est la notion de communaut\u00e9 interpr\u00e9tative, qui permet de tordre le cou \u00e0 l\u2019obsession du public et qui invite \u00e0 penser l\u2019activit\u00e9 artistique en public (espace commun ouvert) mais sans public (audience). L\u2019espace public n\u2019est pas exclusivement circonscrit par le halo du r\u00e9verb\u00e8re. Le public mass\u00e9 sous le faisceau du spectacle n\u2019est que celui fascin\u00e9 par l\u2019autorit\u00e9 des m\u00e9dias sous contr\u00f4le des financements publicitaires, il ne nous regarde pas. Se d\u00e9tourner du crit\u00e8re du public, servi en rago\u00fbt avec un jus de d\u00e9mocratisation par les thurif\u00e9raires de la culture, r\u00e9oriente l\u2019artiste convalescent face \u00e0 son voisinage imm\u00e9diat et le responsabilise vis-\u00e0-vis de ses pairs. Non plus concurrents sous la lampe, ni alli\u00e9s de circonstance pour s\u2019y m\u00e9nager une place au chaud, les artistes gu\u00e9ris du syndrome du r\u00e9verb\u00e8re se reconnaissent enfin comme confr\u00e8res et partenaires d\u2019une activit\u00e9 collective libre et joyeuse.<br><br>Th\u00e9rapie fragile malheureusement et rechute tr\u00e8s probable tant que n\u2019aura pas \u00e9t\u00e9 bris\u00e9e d\u00e9finitivement l\u2019h\u00e9g\u00e9monie du mythe de l\u2019art professionnel. Mais pour cela il faudrait commencer par reprendre l\u2019\u00e9cole, comme fut prise la Bastille. Vaste programme\u2026 Commen\u00e7ons par en chercher la cl\u00e9, oubli\u00e9e peut-\u00eatre en \u00e9vidence sous un r\u00e9verb\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-097ecaf90cfc425ed347aa90dae9b2bd wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.227), 16px);\"><br><strong>Illustration<\/strong> : fresque anonyme, Xinhua Road, Shanghai, mars 2025<br>(photo DeYi Studio).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-white-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-4838f691414d099d8e1b4fe165e9fb89 wp-block-paragraph\" style=\"border-radius:13px;background-color:#517ba4\"><br><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-buttons is-content-justification-center is-layout-flex wp-container-core-buttons-is-layout-20959078 wp-block-buttons-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link has-white-color has-text-color has-background has-link-color wp-element-button\" href=\"https:\/\/revuetina.editionsjou.net\/wp\/revue_tina_online\/\" style=\"border-radius:13px;background-color:#517ba4\">sommaire<\/a><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link has-white-color has-text-color has-background has-link-color wp-element-button\" href=\"https:\/\/revuetina.editionsjou.net\/wp\/tina-online-sommaire-par-categories\/\" style=\"border-radius:13px;background-color:#517ba4\">par cat\u00e9gories<\/a><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link has-white-color has-text-color has-background has-link-color wp-element-button\" href=\"https:\/\/revuetina.editionsjou.net\/wp\/tina-online-sommaire-par-nom\/\" style=\"border-radius:13px;background-color:#517ba4\">par noms<\/a><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link has-white-color has-text-color has-background has-link-color wp-element-button\" href=\"https:\/\/revuetina.editionsjou.net\/wp\/newsletter_tina\/\" style=\"border-radius:13px;background-color:#517ba4\">newsletter<\/a><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link has-white-color has-text-color has-background has-link-color has-text-align-right wp-element-button\" href=\"https:\/\/www.helloasso.com\/associations\/association-jou\/formulaires\/2\" style=\"border-radius:13px;background-color:#517ba4\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">dons<\/a><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link has-white-color has-text-color has-background has-link-color wp-element-button\" href=\"https:\/\/revuetina.editionsjou.net\/wp\/tina\/\" style=\"border-radius:13px;background-color:#517ba4\">infos<\/a><\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-white-color has-vivid-green-cyan-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-f1214eb608be75ab104cf3936f711e05 wp-block-paragraph\" style=\"border-radius:22px\">Sans pub et en acc\u00e8s libre, TINA online est principalement financ\u00e9 par les dons, \u00e0 vous sur cette page <a href=\"https:\/\/www.helloasso.com\/associations\/association-jou\/formulaires\/2\">&gt;&gt;&gt;&gt;&gt;<\/a> merci<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On conna\u00eet la blague. 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