Christian Bernard nous a quitté le 6 août. Nombreux sont les artistes dont l’œuvre lui doit beaucoup. Sa clairvoyance et son discernement, à la Villa Arson puis au MAMCO, ses intuitions comme son érudition, ont été unanimement reconnues. L’intelligence, la finesse et la réussite de ses expositions, toujours. La fidélité aux artistes qu’il a soutenus aussi. On sait moins son goût et son engagement constant pour la poésie.
En train
Pâles succédanés de foudre
les rails filent dans la nuit
Ses mots coagulent au bout
de sa langue Elle regarde le film
des paysages sans tain s’enrouler
sur lui-même Elle chuchote parmi
les gémissements des roues Elle pince
ses narines d’un air sévère La fileuse
lui sourit ses ciseaux à la main
Au fond de la vallée les arbres
se voilent de sang sur son passage
semé d’ecchymoses et d’ambre
couleur d’urine couleur de miel
couleur de phosphènes d’yeux crevés
Film still
La mort vient je fais mes livres comme on
fait ses valises comme on flambe à Vegas
Je borde mes inquiétudes et laisse allumée
la veilleuse mais j’oublie mes pilules une
fois sur deux non je plaisante Tout va-t-il bien
pour le pire dans le seul monde qui soit ? Ces
travellings elliptiques sont des répliques de nos
pensées des corps intermédiaires des mues
flottantes de nos mutations idiosyncrasiques
(mascarades et carmagnoles) Je voudrais faire
l’idiot du village planétaire le palefrenier des
cavaliers de l’apocalypse trouver le la décliner
l’invitation trier des lentilles tresser des lauriers
ou collectionner les agates et les narcoleptiques
Deux poèmes tirés de l’ouvrage Petite forme publié par Sitaudis disponible à cette adresse :
https://collection.sitaudis.fr/les-editions/petite-forme-de-christian-bernard
CC BY-NC-ND 3.0 FR
Photographie : réunion avec le Collège Invisible au MAMCO à Genève en mai 2001, cc DeYi Studio
L’an dernier Christian Bernard avait proposé un choix de dix livres de poésie pour la bibliographie TINA
Un hommage sera rendu à Christian Bernard au crématorium du Père-Lachaise le samedi 22 août à 10h
