« Retour vers le futur » TINA vous propose de redécouvrir des textes /// 1887
Albert Robida, La guerre au vingtième siècle, éditions Georges Decaux, 1887
Vers le soir, des chimistes ennemis se donnèrent le plaisir d’un bain. Molinas sortit du fleuve, s’empara de l’uniforme de l’un d’eux et se joignit à une patrouille rentrant dans un fort à coupole. Un sous-officier le mit en faction dans une grande salle où le corps médical offensif, composé d’ingénieurs chimistes, médecins et apothicaires, discutait les dernières mesures à prendre pour faire éclater sous les pas de l’armée française douze mines chargées des miasmes concentrés et des microbes de la fièvre maligne, du farcin, de la dyssenterie, de la rougeole, de l’odontalgie aiguë et autres maladies.
Les mines étaient préparées, des caissons allaient emporter les obus de zinc chargés de miasmes et les boîtes à microbes nécessaires.
Mais Fabius, grâce à sa connaissance de la langue, a tout compris. Une résolution sublime enflamme son cœur, il se dévoue au salut de l’armée, il épaule rapidement son fusil à répétition et tire toute sa provision de balles dans le grand réservoir à miasmes et produits chimiques.
Épouvantable, effroyable, l’explosion qui suit les coups de fusil de l’héroïque Molinas !!!
Tout saute, réservoir, caissons, obus ! La déflagration de tous ces miasmes concentrés et comprimés s’opère avec une violence inouïe d’épaisses colonnes de vapeurs tourbillonnent, roulent, filent par toutes les sorties, se répandent par les plaines et se fondent dans l’atmosphère, emportant avec elles des odeurs sans nom et d’innombrables ferments de maladie.
Tout s’est écroulé dans la salle du conseil, généraux, officiers, ingénieurs chimistes, médecins, soldats, tous sont tombés subitement et se tordent sur le sol, en proie à toutes les maladies déchaînées par l’action de Molinas. Des épidémies s’abattent sur l’armée ennemie et portent leurs ravages en trois minutes dans un rayon de quinze lieues. Grâce au tampon de son casque de chimiste, Fabius, qui avait fait le sacrifice de sa vie, en est quitte pour une formidable rage de dents.
