#320/ TINA street (6) Pierre Ménard

L’esplanade Nathalie-Sarraute est située dans le 18ᵉ arrondissement de Paris, en France. Elle longe la halle Pajol, ancien entrepôt de la SNCF, qui abrite désormais, outre des commerces, de nombreux bars et restaurants, la bibliothèque Václav-Havel et l’auberge de jeunesse Yves-Robert. On trouve sur l’esplanade d’autres équipements municipaux, comme le centre sportif Micheline-Ostermeyer, l’espace Paris Jeunes ou le collège Aimé-Césaire, situé dans l’ancien immeuble des services des Douanes et messageries des chemins de fer de l’Est.

La Halle Pajol est un bâtiment à énergie positive, ce qui est encore rare à Paris. Pour résumer, loin de consommer de l’énergie, elle en génère au-delà de ses propres besoins, grâce aux 3 500 m² de panneaux solaires photovoltaïques installés sur le toit de l’auberge de jeunesse. Il y a peu d’arbres et de végétation sur l’esplanade, et celles qui y sont installées, plantées dans des bacs, empêchent leur développement. Depuis quelques années, on ne peut plus entrer dans le Jardin Rosa-Luxemburg par l’esplanade, il faut passer du côté de la rue Riquet. Le jardin est abrité sous le toit de la halle et donne sur les voies de la gare de l’Est.

Dans les espaces de la Halle Pajol, on trouve une multitude de structures culturelles et sportives. C’est également le lieu de la culture maker, culture Do It Yourself (DIY) (« faites-le vous-même ») tournée vers les techniques, ainsi que la création en groupe. Paris Ateliers y propose ses ateliers d’arts plastiques (peinture, modèle vivant, gravure, dessin). Les inventeurs proposent des ateliers de bricolage, pour apprendre à créer ou fabriquer par soi-même : menuiserie, métallerie, impression 3D, découpe laser, initiation au bricolage et aux techniques du réemploi.

La ville nous parle, nous dit ce qu’il faut faire ou ne pas faire : Circulation des 2 roues interdite sur l’esplanade (même si le mot interdite a été rayé plusieurs fois). Défense d’afficher (c’est peint à la bombe sur tous les piliers métalliques). On nous dit ce qui est bien : les femmes à la conquête de l’espace public, le prix du plat du jour de la pizzéria et les horaires fixes de la Pizza du dimanche. Cette marque de vélo est « moins cher, plus fiable ». Il ne faut pas jouer à la balle sur les vitres des commerces. Certains autocollants ont été décollés avec une telle insistance qu’ils dessinent une mystérieuse carte du lieu et des déplacements secrets de nos marches.

Les interdits municipaux sont plus ou moins subtils, qu’ils émanent des pouvoirs publics (signalétique routière ou municipale), ou des habitants et de ceux qui travaillent sur place. Pour empêcher les nombreux migrants ou SDF vivant dans le quartier, une copropriété a installé sur ce qui était sans doute initialement un bac à fleurs, un fond de galets avec deux pierres meulières verticales. Le mobilier urbain s’équipe depuis plusieurs années déjà de tout cet arsenal d’options visant à chasser les SDF des trottoirs, des porches et autres devantures d’immeubles. WE SEE YOU. On vous voit, annonce cette affiche improvisée pour empêcher d’uriner à cet endroit. Nous aussi on vous voit !

C’est TOUTE UNE HISTOIRE à chaque coin de rue. C’est écrit en toutes lettres. Nathalie Sarraute donne d’ailleurs son nom à cette esplanade. La dénomination des rues et espaces publics est l’occasion pour la municipalité de rendre hommage à des personnes célèbres, et notamment aux femmes. Laissons donc le dernier mot à l’autrice d’Enfance : « La poésie, dans une œuvre, c’est ce qui fait apparaître l’invisible. »